Une
déconstruction de la danse se nourrit de la litanie entrechoquée
des titres de journaux
Une cambrure accentuée ; une ouverture insolite ; une segmentation
un peu forcée ; un appui marqué ; un pas amplifié.
Si les cinq interprètes sur le plateau de Litanies ont travaillé
un autoportrait qu’ils viennent exposer, alors une logique plus
souterraine que cette première intention les a conduits à
forcer légèrement le trait, souligner l’attitude,
tendre le corps.
Leur présence a toujours quelque chose de décalé,
de glissant et d’instable, comme à l’orée d’un
tendance trouble à la monstruosité légère.
Vides de psychologie, ils sont des figures flottant au bord de l’absence,
et pourtant purement ramenées à leur être là,
entre rajout d’une part, et omission d’une autre. Seul garçon
parmi les filles, Samuel Letellier compose dans l’hébétude.
Patiemment investis tour à tour, aléatoirement croisés,
ces brefs destins scéniques se posent, se coupent, se collent.
Il est, en plus d’eux, un sixième interprète, présent
par sa seule voix : le plasticien-poète Philippe Cazal disant ses
Litanies, qu’il a établies à partir de titres et sous-titres
du Monde et de Libération, découpés, choisis, puis
ordonnés sous forme de listes.
S’y entend une combinatoire des inquiétudes du monde et de
l’époque – un certain mode d’occupation de l’espace-temps
– qui fait sens au-delà de la précision des faits,
des drames, des dossiers. Incessamment les ministres y croisent les explosions,
les grèves les adoptions, la bourse les révolutions, dans
une houle d’actualités en proie à l’ivresse.
Informés, surinformés, désinformés, les corps
du plateau se montrent déformés, tiraillés hors d’eux-mêmes,
jamais vraiment trouvés.
Aux marges de Montpellier Danse 02, Anne Lopez et les Gens du quai –
soit la plus percutante des équipes chorégraphiques montpelliéraines
– n’ont pu présenter ce nouveau projet que sous la
forme de filages réservés aux professionnels (la dimension
plastique, toujours considérable avec la participation de Céline
Melissent au cœur des processus, s’en est trouvée occultée).
Et la curiosité demeure. Restons donc… informés.
Gérard MAYEN
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